La bouillie bordelaise est l’un des rares produits phytosanitaires encore autorisés en agriculture biologique. Pourtant, elle est souvent mal utilisée : trop tôt, trop tard, à la mauvaise dose ou sur les mauvaises plantes. Quelques principes de base suffisent à en tirer vraiment parti.
À quoi sert réellement la bouillie bordelaise ?
La bouillie bordelaise est un fongicide préventif à base de sulfate de cuivre et de chaux. Elle agit en formant un film protecteur sur les feuilles et les tiges qui empêche les spores de champignons de germer. Le mot clé, c’est préventif : elle ne guérit pas une plante déjà malade, elle protège une plante saine des infections fongiques à venir. L’appliquer sur des feuilles déjà atteintes par le mildiou ou la tavelure ne sert à rien.
Ses cibles principales sont les maladies cryptogamiques les plus courantes au jardin : le mildiou de la tomate et de la pomme de terre (Phytophthora infestans), la tavelure du pommier et du poirier (Venturia inaequalis), le mildiou de la vigne (Plasmopara viticola) et la cloque du pêcher (Taphrina deformans). Elle ne sert à rien contre les ravageurs (pucerons, chenilles, araignées rouges) ni contre les maladies bactériennes.

La bouillie bordelaise contient du cuivre, un métal lourd qui s’accumule dans le sol. Même si elle est autorisée en bio, ce n’est pas un produit anodin : depuis 2018, la réglementation européenne limite les apports à 28 kg de cuivre par hectare sur 7 ans, soit 4 kg/ha par an en moyenne. À l’échelle d’un jardin amateur, cela laisse une marge confortable, mais évitez les traitements systématiques et privilégiez les applications ciblées.
Comment préparer et doser la bouillie bordelaise correctement ?
La bouillie bordelaise se présente sous deux formes principales : poudre mouillable (la plus courante, en sachet de 100 g à 1 kg) et suspension concentrée en flacon. Pour la poudre, le dosage standard est de 20 g pour 10 litres d’eau, soit une concentration à 0,2 %. Pour les traitements sur la vigne, on monte parfois à 30-40 g/10 l. Ne pas dépasser ces doses : un excès de cuivre peut provoquer des brûlures foliaires (phytotoxicité), notamment par temps froid ou sur jeunes pousses.
La préparation se fait en deux temps : délayer d’abord la poudre dans un peu d’eau froide pour obtenir une pâte homogène, puis compléter avec le reste d’eau en remuant. Utiliser impérativement un pulvérisateur propre — les résidus de certains produits sont incompatibles avec le cuivre. Appliquer la bouillie préparée dans les 24 heures, elle ne se conserve pas.
| Culture | Maladie ciblée | Dosage (poudre/10 l) | Période d’application |
|---|---|---|---|
| Tomate | Mildiou | 20 g | Dès la plantation, avant les pluies |
| Pomme de terre | Mildiou | 20 g | Quand les plants atteignent 20 cm |
| Pêcher | Cloque | 20 g | Gonflement des bourgeons (février-mars) |
| Pommier/poirier | Tavelure | 20 g | Débourrement et après chaque pluie |
| Vigne | Mildiou | 30-40 g | À partir de 10 cm de pousse |
Quand et par quel temps appliquer la bouillie bordelaise ?
Le timing est souvent plus important que le dosage. L’application doit précéder les épisodes pluvieux, pas les suivre : la pluie est vecteur de contamination fongique, le traitement doit donc être en place avant que les conditions humides ne s’installent. Un traitement effectué juste avant 24 heures de pluie est plus efficace qu’un traitement effectué sur des feuilles encore mouillées après l’averse.
La température optimale d’application se situe entre 10 et 25 °C. En dessous de 5 °C, la bouillie adhère mal aux feuilles et son efficacité est réduite. Au-dessus de 30 °C, il y a un risque de brûlure sur feuillage. Éviter également les heures les plus chaudes de la journée en été : appliquer le matin tôt ou en fin d’après-midi. Le vent est l’ennemi de la bouillie bordelaise : au-delà de 20 km/h, la dérive du produit rend le traitement inefficace et pollue inutilement l’environnement.
La tenue dans le temps est de 10 à 15 jours en l’absence de pluie. Après un épisode pluvieux de plus de 20 mm, un renouvellement du traitement est nécessaire. Sur les cultures à risque élevé (tomates sous pluie fréquente), comptez 4 à 6 applications par saison au maximum.
Quelles précautions prendre lors de l’application ?
La bouillie bordelaise est un produit d’origine minérale classé « toxique pour les organismes aquatiques » : ne jamais l’appliquer à moins de 5 mètres d’un cours d’eau, d’une mare ou d’un bassin. Port de gants en nitrile et de lunettes de protection recommandé lors de la préparation et de l’application. La poudre sèche peut irriter les muqueuses, éviter de l’inhaler.
Ne pas traiter sur des cultures dont la récolte est proche. Le délai avant récolte (DAR) homologué est généralement de 3 jours pour les légumes et de 7 jours pour les fruits. Rincer abondamment les fruits et légumes traités avant consommation reste une bonne habitude quelle que soit la date du dernier traitement. Nettoyer soigneusement le pulvérisateur après usage : le cuivre est corrosif pour les métaux.
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